Lorsque j’accompagne des personnes qui ont traversé des épreuves, parfois des traumatismes, la question du pardon revient souvent. Et ce qui me frappe, c’est qu’avant même de se demander si elles ont envie de pardonner, beaucoup s’en font une obligation : « Je sais bien qu’il faudrait que je lui pardonne, mais je n’y arrive pas. » Comme si, après avoir souffert de ce que quelqu’un leur a fait, elles avaient encore à se reprocher de lui en vouloir.
Avant d’aller plus loin, j’ai envie de m’arrêter sur ce fameux « il faudrait ». Qui le dit ? Une conviction qui vous appartient ? Un proche qui aimerait que les relations familiales redeviennent plus simples ? Ou cette petite voix intérieure qui vous souffle que, depuis le temps, vous devriez quand même être passé.e à autre chose ? Selon la réponse, on parle déjà de choses bien différentes.
Qu’est-ce qui nous fait hésiter à pardonner ?
Il y a d’abord la peur d’oublier. Certaines paroles restent gravées dans notre mémoire. On se souvient de l’endroit, du ton employé, parfois même de la personne assise à côté qui n’a rien dit. Et l’on peut tenir à ce souvenir, parce qu’il nous rappelle pourquoi, un jour, nous avons décidé de poser une limite. Sauf que retrouver la paix est tout à fait compatible avec le fait de se souvenir.
Il y a aussi la crainte de minimiser les faits. Si je cesse d’en vouloir à cette personne, est-ce que cela revient à lui donner raison ? La question est particulièrement sensible lorsque personne n’a jamais reconnu le tort qui nous a été fait. On peut alors avoir l’impression que notre colère est la seule à témoigner encore que ce qui s’est passé était grave. Pourtant, même le jour où cette colère s’apaisera, les faits resteront les mêmes. Et la responsabilité de l’autre aussi.
Enfin, il y a la confusion entre pardon et réconciliation. Imaginez que vous ayez pris vos distances avec une personne qui a trahi votre confiance. Quelques années plus tard, vous pouvez penser à elle avec calme et préférer garder cette distance, rien n’oblige à se réconcilier. Une réconciliation se construit à deux. Pour avoir envie de renouer, vous aurez peut-être besoin d’excuses, d’actes concrets et de temps pour voir si quelque chose a réellement changé.
🗝️ Le pardon « humain » : se libérer des chaînes émotionnelles
Dans ma façon d’aborder le pardon, je distingue deux niveaux. Le premier, que j’appelle le pardon « humain », concerne ce qui se passe en soi. Peut-être connaissez-vous ces conversations que l’on continue d’avoir dans sa tête avec quelqu’un à qui l’on n’a plus parlé depuis des années. Au volant ou sous la douche, on trouve enfin les mots qu’on aurait voulu lui dire. On imagine qu’en les entendant, cette fois, la personne comprendrait…
Et puis un jour, son nom revient dans une conversation. Vous vous souvenez très bien de ce qui s’est passé, et pour autant, vous remarquez que vous avez poursuivi votre soirée tranquillement. Vous n’avez pas eu besoin de plaider une nouvelle fois votre cause devant ce tribunal intérieur. Voilà à quoi peut ressembler, très concrètement, ce premier apaisement.
Il peut prendre du temps. Et s’il reste de la peine, cela n’enlève rien au chemin parcouru. À mes yeux, ce qui compte, c’est la liberté que vous retrouvez de consacrer votre attention, votre énergie et votre affection aux personnes qui partagent votre vie aujourd’hui et qui en valent la peine.
🗝️ Le pardon « divin » : quand le cœur s’ouvre
J’emploie le mot « divin » dans un sens spirituel, sans connotation religieuse. Il arrive qu’une fois l’apaisement installé, quelque chose d’assez inattendu devienne possible. On repense, par exemple, à un parent dont les paroles ou les actes nous ont longtemps blessé.e et l’on se surprend à éprouver de la tendresse pour l’enfant qu’il a lui-même été. On mesure à la fois ce qui a pu lui manquer et ce que ses paroles nous ont coûté.
Cette compassion, lorsqu’elle vient, émerge d’elle-même. Elle ne se commande pas.
Vous pouvez aussi vous sentir profondément en paix et n’éprouver aucune envie particulière de souhaiter du bien à la personne qui vous a fait du mal. Pourquoi faudrait-il vous demander davantage ?
Et le pardon pour soi-même ?
C’est peut-être celui que nous oublions le plus facilement. Nous voilà capables de beaucoup de compréhension pour les autres, alors qu’envers nous-mêmes le verdict tombe vite. « J’aurais dû partir plus tôt. » « Comment ai-je pu lui faire confiance ? » Mais que saviez-vous, à l’époque, de ce que vous savez aujourd’hui ? Et que diriez-vous à une amie qui vous confierait la même histoire ? Lui reprocheriez-vous, à elle aussi, d’avoir cru quelqu’un qu’elle aimait ?
Quelquefois, nous avons effectivement commis une erreur. Nous avons prononcé une parole blessante, manqué à une promesse. Nous pouvons en prendre la responsabilité, présenter des excuses, chercher à réparer ce qui peut l’être. À d’autres moments, ce que nous appelons « notre faute », c’est d’avoir été démuni.e devant les actes de quelqu’un d’autre. Il y a une vraie douceur à remettre enfin la responsabilité à sa juste place.
C’est là que les deux dimensions du pardon se rejoignent pour moi. Pouvoir déposer ce que l’on se reproche depuis si longtemps et retrouver un peu de tendresse pour la personne que l’on était. Si vous pouviez vous asseoir quelques minutes auprès d’elle, aujourd’hui, qu’auriez-vous envie de lui dire ? ✨

À propos de l’autrice
Sylvie Renoulet est psychopraticienne et sophrologue à Colmar. Elle accompagne depuis près de 25 ans des adultes stressés, épuisés ou en quête de sens, en séance individuelle ou en visio, avec une approche qui mêle sophrologie, Analyse Transactionnelle, PNL et hypnose.
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